Carrier et Comité Révolutionnaire 1793

Carrier et le Comité Révolutionnaire 1793-1794 :

Génocide Breton – dont les Noyades et fusillades de Nantes

Extrait des Procès :

Du système de dépopulation – [Le Génocide organisé, Carrier et les Noyades de Nantes ]
ou la vie et les crimes de Carrier, – La Vérité, par Gracchus Babeuf,
Paris 1795, imprimerie Franklin.
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Du système de dépopulation ou la vie et les crimes de Carrier ; Son procès, et celui du Comité révolutionnaire de Nantes : Avec des recherches et des considérations politiques sur les vues générales du Décemvirat (Comité révolutionnaire), dans l’invention de ce Systéme ; sur sa combinaison principale avec la guerre de la Vendée, et sur le projet de son application à toutes les parties de la République.

La vie et les crimes de Carrier, député du Cantal, et l’affreux SYSTÈME de DÉPOPULATION inventé par le Décemvirat.

Que le Peuple, n’est point satisfait d’un supplice ordinaire, pour l’infâme mandataire qui a abusé de ses pouvoirs, pour massacrer ceux dont il les a reçus !  Gouvernement révolutionnaire ! C’est toi, oui c’est toi, et tes infâmes inventeurs …Il est inconcevable, en parlant des effets de se taire sur les causes…Comment la ferais-je sans parler de ce gouvernement lui-même ! Ma plume recule devant l’instant d’aborder l’esquisse de colosse de crimes !
-p72- en Ventose An II, par nos soldats [Républicains], dont l’indiscipline est tolérée, parce qu’elle est, ainsi que je l’ai dit, une caution sur laquelle ont compté les généraux, pour assurer l’impunité de leur conduite inepte et scélérate.
« Les délits ne sont pas bornés au pillage ; le viol et la barbarie la plus outrée se sont représentés dans tous les coins [de Bretagne et de Vendée]. On a vu des militaires républicains violer des femmes rebelles sur les pierres amoncelées le long des grandes routes, et les fusiller ou les poignarder en sortant de leurs bras. On en a vu d’autres porter des enfants à la mamelle au bout de la bayonette ou de la pique, qui avait percé du même coup et la mère et l’enfant. Les rebelles n’ont pas été les seules victimes de la brutalité des soldats et des Officiers; …
-p75- …et l’on a fusillé indistinctement tout ce qui se rencontrait, ou tout ce qui se présentait (2). Des Communes, venant se livrer, leurs Officiers municipaux, en écharpe, à leur tête, ont été reçues avec une apparence fraternelle, et fusillés sur l’heure (3) …. des cavaliers armés et équipés, venus d’eux-mêmes se rendre au milieu de nous, et après avoir fait plusieurs lieues pour cela, ont été fusillés sans miséricorde

(2) c’était le vœu de la Proclamation du 1er octobre [Décret du Comité]. Nous voyons ici que le « ON » désigne que plusieurs y furent fidèles. Des faits le prouveront plus positivement dans peu ; et Lequinio lui-même ne se montrera pas le dernier. La voie sera aplanie quand nous verrons Carrier paraître, et cet homme, peut-être à la vérité l’Alexandre des assassins, ne figure qu’après bien d’autres sur la scène exterminatrice, et comme déjà je crois l’avoir dit, ce n’est qu’un continuateur [du Gouvernement].

-p81- …des moyens de finir la guerre de la Vendée, [on croirait entendre César] des propositions dignes de plaire au Comité d’assassins publics, et dignes d’être entendues par lui.

«  Si, dit notre auteur,[Lequinio] la population qui reste n’était que de trente à quarante mille âmes, le plus court, sans doute, serait de tout égorger, ainsi que je le croyais d’abord ….. »

Au bout du compte la patience s’échappe [de ses lèvres]. Quelle froide et féroce franchise ! Trente à quarante mille hommes ne coûtent pas au révolutionnaire Lequinio. « Le plus court serait de tout égorger », quoiqu’il ait dit ci-dessus être bien convaincu que quelques missionnaires patriotes suffiraient pour conquérir ce Peuple [de Chouans]. … aussi fait-il son cours pratique d’égorgismes. Mais, continue-t’il « cette population est immense : elle s’élève encore à quatre cens mille hommes … » Ce nombre donne un petit scrupule à notre acerbiste. Ils vont bientôt disparaître. Le génie Révolutionnaire ne connaît point de grands obstacles. Si, poursuit-il, « il n’y avait nul espoir de succès par un autre mode, sans doute encore qu’il faudrait tout égorger, [même s’il] y eut-il cinq cens mille hommes, mais je suis loin de le croire ».
Le Comité d’égorgerie a sans doute cru, lui, qu’il n’y avait de bon que ce mode, puisqu’il n’en a point employé d’autre, et c’est ce qui vient toujours en confirmation de la réalité du « Système de dépopulation générale ». [volonté de Génocide organisé par les français du Comité révolutionnaire]
Toujours dans son système le plus court, le sensible Lequinio fait encore cette douce et philantropique proposition. «  Il ne faut point faire de prisonniers. Dés que l’on trouve des hommes, ou les armes à la main, ou en attroupement de guerre, quoique sans armes, il faut les fusiller, sans [les] déplacer » (et sans jugement, bien entendu !)
Je ne vois pas du tout en quoi la doctrine de Carrier est répréhensible, si celle-là [celle du Gouvernement de salut public] ne l’est point. Dans un moment, quand j’arriverai à lui, les exploits et la profession des principes de son persécuteur me devront porter à vanter son humanité, au lieu de le peindre comme un grand criminel. Lequinio ne dit pas combien il a recueilli d’applaudissements du Comité de mort pour être entré si bien dans son esprit. C’est cependant ici que par une rémunicence d’humanité, il place cette opinion, « Que la formation de l’esprit public est un moyen irrésistible, beaucoup plus puissant que toutes les forces militaires »
Mais il n’y tient pas. Il met bientôt en question « s’il n’est pas plus avantageux de continuer le plan de destruction totale ?  »…
– « Continuer le plan de destruction totale ! » – Il faut saisir ces mots au passage. Il a donc bien décidément existé un PLAN DE DESTRUCTION TOTALE ! Il faut prendre garde que ces mots font partie d’un discours prononcé, au 14 germinal, devant le Comité de Salut Public, qui ne paraît pas les avoir improuvés, [désapprouvés et], qui, au contraire, a depuis conduit la guerre de la Vendée de manière à laisser croire qu’il a en effet trouvé ce plan de destruction le plus avantageux. Notons que ces mêmes mots ne sont point échappés au hasard ; que Lequinio les répète jusqu’à trois fois : page 37, dans les termes que nous venons de le dire ; même page n°107, dans ceux-ci : « si l’on persiste dans le plan de destruction » ; mais aussi page 38, n° 109 dans ces autres termes : «  si nous persistons dans le plan de destruction ».
[La convention nationale mettra fin aux massacres et a ce plan diabolique de Génocide des Chouans Bretons et Vendéens par le Décret d’amnistie du 12 du mois de Frimaire. Cependant il reste a examiner les crimes de Carrier, entre autres …]
-P86-…des lois qui les investissaient arbitrairement du droit terrible de vie et de mort. On peut regarder comme le second décret constitutif du Gouvernement révolutionnaire, celui du 19 mars 1793, (v.s.) qui met hors la loi ceux qui seront prévenus d’avoir pris part aux révoltes ou émeutes contre-révolutionnaires, qui éclatèrent à l’époque du recrutement, et ceux qui avaient pris la cocarde blanche ou tout autre signe de rébellion.
Une autre loi du 27 du même mois, met de même hors la loi les aristocrates [la noblesse] et les ennemis de la révolution !
Quelle latitude cette législation ne donna-t’elle point aux Pleins-pouvoirs ! Quels actes put-elle ne pas légitimer ! Faisons bien attention qu’il ne fallait être, que prévenu pour pouvoir être atteint par le meurtrier hors la loi … Aussi Carrier, dans ses défenses, se fit-il une égide sérieuse de cette étonnante législation. Je n’aurais pas vu qu’elle ne fût point invisible, si les principes éternels ne m’avaient appris que l’exécuteur d’une loi assassine, est un assassin ; qu’une telle loi est violation des droits du Peuple, que toute violation des droits du Peuple [d’une nation] impose à chacun le devoir de s’insurger contre [cette violation] ; et que celui qui y contribue, participant par-là à l’usurpation de la souveraineté [du Peuple], mérite, [après un jugement],d’être mis à mort par les hommes libres.
Pour faire coïncider cette législation barbaresque, avec le plan de destruction totale, il fallait animer dans le principe les révoltés, à la faveur de quelques avantages remportés sur nous. Par ce moyen, on les mettait dans le cas d’attirer à leur parti ceux qui ne s’étaient pas encore décidés à s’y livrer, et le hors la loi venait frapper sur un plus grand nombre. On ne manqua point de faire observer cette marche. …
Philippeau nous dira : « Que la guerre de la Vendée était devenue chaque jour pour lui un labyrinthe de mystères et de prestiges, qui devait ses développemens et sa durée à une conspiration manifeste dont les acteurs ont joui d’une grande puissance, puisqu’ils ont associé jusqu’au Gouvernement à leurs horribles succès. (a), … sans connaître, tous les fils de la conspiration, j’en ai recueilli assez pour la rendre palpable…. Les premiers généraux Berruyer, Marcé et Ligonnier, chargés d’étouffer le germe de ce déchirement civil, favorisèrent en tous sens …
(a) Lettre au Comité de salut public du 16 frimaire, l’An II.

-p92- …… défendre l’accès d’Angers et du Pont de Cé [voir : les Tanneries de peaux humaines], avait fait au contraire écrire par le général Menou, aux chefs militaires, d’abandonner pour le moment cette place à l’ennemi, et qu’on la reprendrai lorsqu’on aurait réuni une armée de cinquante mille hommes. Des échecs honteux éprouvés successivement à Vihiers, Coron, Bressuire, Partenay, Fontenay-le-Peuple, étaient la corrélation de ces premières catastrophes. Trente mille hommes fuyaient périodiquement devant une poignée de rebelles, abandonnant fusils, munitions, canons et bagages ; nous n’avions d’armée dans ce pays que pour attester notre opprobe (1).
« Canclaux, le 29 juin, avec cinq mille hommes,dont la plupart n’avaient encore vu le feu, sauve Nantes, [l’ancienne Capitale bretonne], assiégée par quarante mille [chouans] rebelles. Le 5 juillet, il sauve toute la ci-devant Bretagne de la conjuration fédéraliste [des girondins]. Il continue de marcher de victoire en victoire, et on le destitua. Dubayet, Tunc, et Ray, le furent pour avoir voulu tout bonnement, comme Cauclaux, finir la guerre de la Vendée [militaire]. Ils ….   (1) Philippeaux, mémoires posthumes.

-p103- …. «il a existé, en 1793, un plan sérieux de famine contre Paris. Il était, comme on le voit, lié aux désastres de la Vendée. Le but, à ce que j’ai pu et puis encore en juger, était d’opérer des soulèvements qui eussent fourni le prétexte de taxer aussi de révolte la première cité de La République, et de la traiter en conséquence [par des massacres] comme une autre Lyon, pour effectuer également de ce côté une partie majeure de l’exécution du Système de dépeuplement.
Après avoir énoncé le motif, je vais révéler ici quels étaient les agents-directeurs de ce plan assassin, et quels furent ceux qui l’éventèrent et le déconcertèrent. Les directeurs étaient le Comité de Salut Public, Barrère spécialement, le ministre de l’intérieur Garas et le maire Pache. Ceux qui déjouèrent ce complot furent Garin, administrateur des subsistances de la commune, et moi. J’étais alors secrétaire de cette administration. J’ai tout vu, tout suivi, et je peux donner raison [et preuves] de tout. Le développement des preuves de cette infernale machination …

-p109- …VII -Continuation. Epoque où les élagueurs, ayant jugé avoir assez sarclé l’armée républicaine, résolurent de faucher entièrement la Vendée (1). Législation de sang et de flammes. Coïncidence des mesures [génocidaires] de Carrier à Nantes, et de celles de Collot à Lyon. Lettre d’Hérault-de-Séchelles. Motion de Merlin de Thionville.-

(1) Quand on dit Vendée [militaire], il ne faut pas que personne se méprenne sur tout ce que ce mot indique. Il désigne malheureusement bien plus que la 83 ème partie de la France à laquelle on a appliqué ce nom : « Dix départements [de l’Ouest], écrit Philippeaux, ont été en proie à toutes les horreurs qui peuvent accabler l’espèce humaine »

Il y avait déjà plusieurs mois que Philippeaux déclamait contre les boucheries successives des soldats de la « patrie ». Peut-être sans lui n’eussent-elles pas cessé sitôt. Ses cris forcèrent la Puissance [du gouvernement] à les suspendre ; et comme ils décelaient plus d’à moitié ses affreux mystères, pour empêcher que, avec leur complète découverte, ne vienne la chute de leurs inventeurs …

L’atroce Décemvirat [Comité de Salut Public] trouva possible de concilier toutes ces choses avec son plan infernal. Il est temps, se dit-il, de tourner la faulx de la mort sur la totalité de cette race Vendéenne, dont l’exaspération fanatique, que nous avons eu soin d’entretenir, nous a si bien servis. Assez longtemps elle a profité de toutes les facilités que nous lui avons données pour pouvoir porter la mort ; il faut qu’elle la reçoive à son tour. En l’effaçant du sol, nous avons l’air de travailler sérieusement à la victoire qu’on nous demande, et au fond, nous ne faisons que servir puissament notre Système ; nous dépopulons, et d’une manière plus ample, plus large, que nous n’ayons encore pu pratiquer. Nous allons moissonner dans le champ le plus vaste et le plus fécond. Ils disent, et vite une législation de sang et de flammes, est bâtie en conséquence.

Cette législation date du premier octobre. Elle est courte, deux articles de lois la complètent. Un décret du premier octobre porte que :
« La Convention nationale compte sur le courage de l’armée de l’Ouest et des généraux qui la commandent, pour terminer d’ici au 20 octobre, l’exécrable guerre de la Vendée. La reconnaissance nationale attend l’époque du 1er novembre, pour décerner des honneurs et des récompenses aux armées et aux généraux qui, dans cette campagne, auront exterminé les « brigants. » »
Une proclamation de la Convention nationale à l’armée de l’Ouest, du même jour dit :
« Soldats de la Liberté, il faut que tous les « brigands » de la Vendée soient exterminés avant la fin du mois d’octobre. Le salut de la patrie l’exige, l’impatience du peuple français le commande, son courage doit l’accomplir ; la reconnaissance nationale vous attend à cette époque »
Un autre décret ajoute :
« Tous les repaires, moulins et fours des « brigands », seront détruits et incendiés. Il sera envoyé à cet effet, par le ministre de la guerre des matières combustibles de toute espèce »
Ce code est très-clair. Exterminer tous les habitans d’un pays, et en brûler toutes les habitations, c’est un bon moyen d’y finir la guerre ; et avec un coeur féroce, tout monstre humain est dans le cas d’entendre et d’exécuter de pareilles lois.
Et qu’on ne veuille point établir la distinction que par les mots, tous les brigands, on a pas entendu tous les habitans, et par ceux, tous les repaires, toutes les habitations.

Je dis ici, moi, que Carrier a eu raison lorsque, dans ses défenses, il a soutenu qu’il interprêtait la loi comme ceux qui l’avaient faite, en n’admettant point d’exception, en regardant qu’il n’y avait pas dans la Vendée, un seul habitant qu’on ne considérat comme brigand, et que repaires, expression figurée, désignait toutes les habitations. Je ne suis pas embarrassé pour prouver mon dire. Pour qu’il eût pu exister des exceptions, il aurait fallu qu’aucun homme ne pût être immolé, et qu’aucune habitation ne put être incendiée, qu’après que la qualité de brigand, par rapport à cet homme, et que la qualité de repaire, par rapport à cette habitation, eussent été constatées par un tribunal légal. Des formes plus expéditives étaient établies. L’éxécution de l’embrasement était confiée au pouvoir militaire. Il n’y avait point d’autre juri que la conscience du soldat. Que dis-je, le soldat était en même temps juri, le juge, et l’exécuteur !
Et quand on aura bien fait attention que la faculté illimitée de brûler, emportait tacitement celle de piller auparavant, (mieux vaut-il que je profite de toutes ces excellentes choses que de les laisser dévorer par les flammes) on n’aura pas de peine à comprendre que le soldat devait tout trouver brigands, et repaires de brigands. Quels moyens d’ailleurs aurait-il eu pour distinguer un non-brigand ? Comment aurait-il pu préserver son repaire placé au milieu de ceux des brigands qu’il fallait incendier ? « Il était bien plus court de décider, comme le dit Carrier, qu’il n’y avait point un seul habitant qu’on ne pût considérer comme brigand, et il fallait bien employer les matières inflammables qu’avait envoyé la Convention. ». au surplus, que risquait l’immolateur ? Ses jugements et leur exécution n’étaient sujets ni à recherches, ni à révision. Et quand nos phalanges, transformées en légions d’Érostrates et d’horribles bouchers « humains », eurent, armées de cent mille torches et de cent mille bayonettes, fait palpiter un semblable nombre d ‘entrailles, et combustionné autant de malheureuses retraites agricoles, le Comité, appelé si improprement de Salut public, loin de paraître l’ignorer, ne dissimula pas qu’il remplissait admirablement bien ses vues, et il se faisait applaudir par le Sénat.

-p116- …La Convention a donné le sien en concourant aux deux lois d’embrasement et d’extermination, en applaudissant aux nouvelles des progrès successifs de l’exécution ; et l’intention d’une destruction totale et sans réserve, qui se rapproche aussi du grand Systéme [de dépopulation], n’est plus équivoque dans cette motion de Merlin de Thionville, dans la séance du 17 Brumaire (1) que les journaux du temps rendent en ces termes :
« J’appelle l’attention de la Convention nationale sur les terres de la Vendée, au partage desquelles on a voulu appeler des réfugiés d’Allemagne. Je pense que nous devons donner la préférence à tant de soldats Français qui combattent pour la liberté [des élites bourgeoises de Paris ?] ; mais je pense aussi que la Convention ne doit prendre un parti là-dessus, que lorsque la Vendée sera totalement détruite : or elle ne l’est pas. »
(1) Fayau y fit cet amendement textuel : « On n’a pas assez incendié dans la Vendée : la première mesure à prendre est d’y envoyer une armée incendiaire. Il faut que pendant un an, nul homme, nul animal ne trouve de subsistance sur ce sol. » (Voir le Moniteur)

Ce texte est clair. Il était incontesté qu’il fallait faire de la Vendée un pays absolument neuf, qu’il fallait, en un mot, une totale destruction, et qu’après cela, on repeuplerait, on recomposerait des Colonies toutes nouvelles des soldats qui auraient eu combattu pour la liberté [au nom des fameux « droits de l’homme »] ; entre lesquels seul aurait été fait le partage des terres. (1)  – (1) Cette ouverture de Merlin ne se contredit point du tout avec celle de Lequinio,rendue par ces mots trop remarquables pour qu’on ait pu les oublier : « si l’on persiste dans le plan de destruction totale ».
Les expressions de chacun de ces législateurs à l’égard de ce plan [de génocide], ont une teinte identique qui annonce que c’était chose absolument convenue et indisputée entre eux. Il y a bien ailleurs à puiser des rapprochements sur la manifestation générale de cet esprit, dans des actes ayant pour objet d’en préluder l’exécution. Voici quelques fragments du code Collot à Lyon, qui annoncent les moyens dont il sut se servir pour faire de cette ville une Commune-Affranchie :

Extrait de l’instruction aux autorités constituées, par la commission temporaire, en date du 26 brumaire l’An II : « La commission engage chacune des sociétés, chacun des individus qui la liront, à se pénétrer de l’esprit qui l’a dictée ; mais elle les avertit en même temps qu’en leur indiquant le but où ils doivent tendre, elle n’entend pas leur prescrire les bornes où ils doivent s’arrêter. Tout est permis pour ceux qui agissent dans le sens de la Révolution : il n’y a d’autre danger pour le républicain que de rester en arrière des loix de la république. Quiconque les prévient, les devance ; Quiconque même outre-passe en apparence le but, souvent n’y est pas encore arrivé, etc. Signé Duhamel, Président ; Verd, Procureur-général ; Duvique, Secrétaire général.
Autre concernant l’arrestation des gens suspects : « C’est ici que doivent s’évanouir toutes les considérations, les attachements individuels. C’est ici que la voix du sang même se tait devant la voix de la « patrie ». Vous habitez un pays qu’une rébellion infâme a souillé. Eh bien ! Citoyens magistrats du Peuple il faut que tous ceux qui ont concouru, d’une manière directe ou indirecte, à la rébellion, portent leur tête sur un échaffaud. C’est à vous de les remettre entre les mains de la vengeance nationale. »

Le Génocide Breton – Les NOYADES de NANTES, Carrier et ses terroristes français !

Qu’on rapproche ensuite cette fameuse lettre de Héraut-Séchelles, au nom du Comité de Salut public, écrire à Carrier : « Voilà comme on marche, mon brave ami ! Je viens de recevoir ta lettre, et au même instant je l’ai lue au Comité, qui l’a entendue avec une vraie satisfation. »
« Nous te conjurons d’aller à Nantes, sur le champ ; nous t ‘envoyons un arrêté qui te presse de purger cette ville. Il faut sans rémission évacuer [la population]. La liberté ne compose pas.Nous pourrons être humains, quand nous serons assurés d’être vainqueurs. Cours [purger] de Rennes à Nantes, et de Nantes à Rennes. »
« Le caractère de la représentation nationale se déploie avec bien plus de force et d’empire, quand les représentants ne séjournent pas dans un endroit ; quand ils n’ont pas le temps de multiplier leurs relations ; quand ils frappent de grands coups en passant, et qu’ils en laissent, (sauf à la suivre) la responsabilité sur ceux qui sont chargés de l’exécution ».
Cette lettre n’est point, relativement à l’esprit général du « Systéme de dépopulation », aussi positivement significative que la motion de Merlin. Mais, sans doute on a pourtant eu raison de la trouver frappante et lumineuse. Quel commentaire n’en doit point encore sortir ! Si on en rapproche la date du 29 septembre, avec celle de la grande proclamation du 1er octobre, combien on trouve que toutes ces pièces coïncident ? On y voit que la législation de la proclamation, avant la publicité de celle-ci, était déjà en pratique dans le terrible Comité de Gouvernement. « Purge, évacue, », dit la lettre du 29 septembre. « Extermine tout », dit la proclamation. C’est ici que s’apprécie bien le rôle de Carrier. C’est ici qu’on voit clairement que ce grand coupable n’était cependant qu’un instrument exécuteur ; c’est ici qu’on n’est plus embarrassé de distinguer les instruments moteurs.
La découverte du machiavélisme de la responsabilité, à laisser aux ressorts subalternes, de l’exécution des fameuses mesures révolutionnaires, est un mot d’énigme heureux et justificatif pour un grand nombre d’infortunés citoyens, que l’autorité a forcés d’être les outils atroces de ses cruautés. Il eût fallu une grande force de caractère pour refuser d’être barbare, au commandement de la Puissance [publique]. Il eût fallu, non seulement faire abnégation de l’existence, mais se résoudre à emporter en mourant la note d’infamie. Une loi du 11 Frimaire déclarait REBELLE et punissable comme tel, quiconque n’aurait pas concouru de tous ses moyens, -à l’anéantissement de tout – ce qui était désigné ennemi de la République.

LA SHOAH BRETONNE –  GENOCIDE BRETON

Quels exploits avait dèjà fait [le Député] Carrier au 29 septembre, pour mériter les bravo de Hérault-Séchelles et la vraie satisfaction de tout le Comité de Salut public ? C’est ce qu’aucun renseignement ne nous apprend. Mais nous allons ouvrir le journal des sanglantes prouesses tant de cet agent que de ses coopérateurs, et faire voir comment les uns et les autres se conformèrent à leurs instructions.

  • PARAG. VIII. – Journal des atrocités de Carrier, et nombreux collaborateurs, dans lesquels se distinguent Westermann et Lequinio. Cet article embrasse tout le récit de l’exécution du Code féroce d’embrâsement et d’extermination.

5 Octobre. A cette date se place une lettre de Goulin, cet accusé qu’on verra se distinguer dans les débats du procès du Comité de Nantes. L’exaspération la plus outrée fait le caractère de cette lettre. Elle annonce l’homme le mieux préparé, le plus effervescemment endoctriné au fanatisme de la cruelle législation du premier octobre ; elle présage tous les résultats sanglants qui doivent sortir nécessairement d’une exaltation du Système, qui fascine au point de montrer le bien au fond de la coupe des plus grands maux Car tel est, d’après cette pièce, le jugement que je pense que l’on doit porter sur Goulin. On s’est trop plu à le croire atroce , il ne fut qu’entraîné hors des bornes par un délire civique qui tenait à cette idolâtrie que trop de Français avaient pour le Sénat, d’après laquelle on croyait qu’une mesure, quelqu’extraordinaire qu’elle fût, puisque le Sénat l’ordonnait, ne pouvait être que pour le souverain bien. Ainsi Goulin paraît dans la ferme persuasion qu’il joue le rôle le plus important et le plus salutaire pour sa patrie, lors qu’il écrit dans ce style d’un enthousiasme forcené : «  Aux intrépides montagnards composant le Comité de surveillance de Nantes, le Sans-culotte Goulin, secrétaire de la commission nationale. Frères républicains, les représentants me remettent les pièces ci-jointes que je m’empresse de vous faire passer. Examinez et surtout agissez raide et vite ; frappez en vrais révolutionnaires, sinon je vous réprouve ; le carreau populaire vous est dévolu ; sachez en user, ou vous êtes, ou pour mieux dire, nous sommes foutus. Vous manquez, me dites vous hier, de bras exécuteurs ; parlez, demandez et vous obtiendrez tout ; force armée, commissaires, courriers, commis, valets, espions, or même, s’il en était besoin. Pour le salut du Peuple, rien ne vous manquerait. Dites un mot, encore une fois, et je suis garant que vous serez servis sur les deux toits. Adieu à tous, je vous aime tous, et je vous aimerai toujours, parce que toujours vos principes sont les miens ; songez au navire ou à des maisons propres à former des prisons d’arrêts, des dépots sûrs. »
C’est à ce même temps que paraissent se placer ces premiers faits :
Lusignan, général de brigade, quoique prévenu des intentions et de la bonne volonté des habitans des campagnes des environs de Nantes, dont les jeunes gens venaient s’offrir de s’enrôler, se livrait aux actes arbitraires et aux cruautés les plus révoltantes. Il alla au village de Pallère, près les forges de Cugan, avec environ 30 cavaliers. Rencontrant des femmes de ce village, il leur demanda où étaient leurs maris ; elles répondirent qu’ils étaient chez eux à faire des étoffes. Lusignan leur dit de les faire venir. Les hommes vinrent sur-le-champ avec leur tablier de travail ; il leur commanda de le suivre ; ils obéissent, et arrivés à Clisson au nombre de dix-huit, 17 sont fusillés : plusieurs autres fusillades eurent lieu de la même manière, et des métayers occupés aux forges et qui même étaient venus à Nantes charroyer pendant plusieurs semaines, à la réquisition qui leur en a été faite, ont été massacrés chez eux (1).
Des horreurs ont été exercées et horriblement propagées dans les communes voisines de Nantes, dans celles de Rozé, St Pierre et St Jean de Bouguenais. Dans ces trois communes, deux seuls monstres, Beillevaire et Musca, ont fait périr arbitrairement plus de huit cens individus, tant d’hommes que femmes, qu’ils ont dénommés à la force armée en cantonnement à Château d’eau, qui ont été horriblement fusillés sans jugement. La commune de Pimboeuf, avec le Comité révolutionnaire de cette commune, sont coupables de la même atrocité (2).
(1) Rapport de lla Commission des 21, page 96.
(2) Idem, page 63.

Voilà tout en mesure pour l’exécution du plan résolu. La tête de Goulin est bien montée pour faire beaucoup et laisser peu à la responsabilité de la représentation nationale. Le militaire remplit à souhait le vœu de la proclamation et du décret du 1er octobre. Laissons étendre ces premières mesures, et nous en verrons sortir les milliers d’assassinats dont nous n’avons encore découvert que le prélude.
Le 8 octobre – Carrier arrive à Nantes. Fidèle à la lettre de Hérault-Séchelles, il n’y séjourne point. [il donne ses ordres]. [Puis], Il part pour Rennes le 10 [en donnant là aussi ses ordres], et il revient à Nantes le 21. Il s’y conduit d’une manière parfaitement conforme à ses instructions. Il ne frappe pas, il électrise. Il fait entendre les imprécations les plus véhémentes contre les habitans de Nantes, et notamment contre les marchands et négociants ; il déclare que si ces derniers ne lui sont pas dénoncés sous peu de jours, il les fera tous incarcérer et ensuite décimer, pour être guillotinés ou fusillés (1). Toutes les familles de Nantes sont mises sous l’oppression et dans le deuil ; chacun est réduit à une demi-livre de mauvais pain par jour, et Carrier menace alors Nantes de la déclarer en état de rébellion.
22 octobre – Les entrailles de Philippeaux parlaient toujours en faveur de nos bataillons immolés sous la direction de la Cour de Saumur. Ses importunités forcent la Convention à nommer une commission pour examiner sa conduite. Ce n’était point le compte du Comité de Salut public, qui, pour éluder cette mesure, fit déclarer le lendemain, le 23, par Barrère, « qu’il n’y avait plus de Vendée ».
Les agents de ce Comité étaient seulement en mesure de faire qu’il n’y en eût bientôt plus, ils étaient en mesure de l’effacer entièrement de la république. Les applaudissements qu’une telle nouvelle fit recueillir au Comité lui valaient encore l’approbation de tout ce qu’il ferait postérieurement pour réaliser tout-à-fait son annonce. [il annonçait officiellement la perpétration d’un génocide intentionel, par la république].
C’est une chose fort remarquable que le double parti que tira Barrère de sa grande déclaration. Il tua la Commission de Philippeaux, et reçut la plus grande latitude d’autorisation pour opéré le dépeuplement [génocidaire] dont il disait dèjà que c’en était fait. De toutes parts on lui faisait un crime de ce qu’il existait encore des hommes [en Vendée] où il avait dit qu’il n’en devait plus rester. On lit, à la même page 33 du rapport des 21 :
« Dans ces mêmes temps où tous les papiers publics retentissaient des rapports faits à la Convention, qui assuraient que tous les « brigands » de la Vendée étaient détruits, arrivent à huit heures du soir 500 patriotes chassés, ainsi que la garnison de Mortagne, par ces mêmes brigands. Un Officier municipal commis à la distribution des billets de logement, après les avoir distribués, alla à la société rendre compte de ces évènemens, et manifesta son indignation contre ceux qui trompaient ainsi la Convention ; et pour pouvoir les connaître, il proposa et fit arrêter par la société d’envoyer des commissaires vers Carrier pour lui demander la communication de sa correspondance avec la Convention ; laquelle sans doute devait l’instruire de la quantité prodigieuse des brigands qui existaient encore, commettaient les plus grands dégâts, faisaient les plus grans ravages, égorgaient journellement tous les patriotes des environs. »
7 Brumaire – Carrier et Francastel approuvent et confirment la formation de la compagnie révolutionnaire, dite Marat, qu’ils autorisent à faire des visites domiciliaires, à arrêter à Nantes et dans tout le département [de Loire inférieure], les suspects à la charge seulement d’en rendre comte au Comité révolutionnaire.
11 Brumaire – Cette époque est mémorable par le décret qui porte que « toute ville de la république qui recevra dans son sein les brigands, [les Chouans Bretons révoltés- ou Vendéens], ou qui leur donnera des secours, ou qui ne les aura pas repoussés avec tous les moyens dont elle est capable, sera punie comme une ville rebelle, et en conséquence : elle sera rasée, et les biens des habitans seront confisqués au profit de la république ». Il est peut-être difficile de calculer, quelle modération on pouvait exiger des agents révolutionnaires avec ce décret révolutionnaire, et l’on pourra sentir avec moins de peine quel nouvel élan d’exagération il dut donner, en venant fortifier le code terrible dont ces agents étaient investis.
24 Brumaire – Le Comité révolutionnaire, adjoint aux corps administatifs et à la société populaire, rend ce fameux arrêté, motivé sur l’existence d’un grand complot, tramé dans l’intérieur de Nantes par l’aristocratie opulente ; arrêté qui ordonne l’arrestation de toutes les personnes suspectées d’avoir trempé dans ce complot ; leur transfèrement au poste de l’Eperonnière, pour de-là être conduites à l’Abbaye à Paris, avec la disposition de fusiller et confisquer les biens des personnes arrêtées qui feraient le moindre mouvement pour s’enfuir, et la disposition de réputer émigrés et de traiter comme tels, ceux qui se soustrairaient à l’arrestation prononcée contre eux, et qui ne se constitueraient pas prisonniers dans les trois jours de la publication de l’arrêté.
(1) Rapport de la Commission des 21.

GENOCIDE BRETON – LA SHOAH BRETONNE

SHOAH BRETONNE – Les Noyades de prêtres dans la Loire

27 Brumaire. Carrier annonce à la Convention l’accident arrivé aux prêtres condamnés à la déportation. « Quel torrent révolutionnaire que la Loire ! »[noyades de Nantes effectuées au minimum 20 fois par bateau de 300 à 500 personnes, on n’arrive à une population de 10.000 à 13.000 Bretons noyés dans La Loire, dans des conditions atroces]. Telles étaient les dernières paroles de cette lettre, qu’on peut encore voir, dans le bulletin, que la Convention applaudit et mentionna honorablement. Quel honteux monument que ce bulletin ! Quelle horrible commutation de peine que cette déportation de prêtres [noyés] dans la Loire ! Morale atroce ! On la trouvait toute naturelle dans ce temps …. Quel malheur que les hommes ne voyent pas ou ne veulent pas voir leur dépravation au moment où les cruels effets s’en ensuivent ! C’est quand le mal est sans remède qu’on veut bien reconnaître que des horreurs sont des horreurs.

LA SHOAH BRETONNE -GENOCIDE BRETONS.

Dans ces mêmes jours, 30 Brumaire, où Carrier méritait par sa lettre les applaudissements d’un Sénat dont les principes à l’ordre du jour étaient la terreur, il travaillait activement à remplir ses rugissantes promesses. Plusieurs pièces du rapport de la Commission des 21 paraissent placer à cette époque, la première des noyades, par le moyen des bateaux soupapes [avec une trappe, pour le couler]. Les disposition testimoniales citent des ordres donnés par Carrier, à Fouquet et à Lamberty, portant autorisation de passer, partout où besoin serait, avec un gabarreau [bateau] chargé de brigands, [afin de les noyer], sans que personne puisse les interrompre ni troubler dans ce transport.
Il n’est pas possible d’accorder entre-eux les différens documents sur les dates de toutes les noyades, sur leur nombre ni sur celui des victimes sacrifiées dans chacune. [les rafles pour noyades n’étaient pas nécessairement comptabilisée]. Les uns les places à huit jours de distance ; d’autres plus ou moins (1). On convient assez généralement de quatre principales noyades (2). On parle d’une de 800 individus de tout âge et de tout sexe, qui furent inhumainement précipités dans les eaux, taillés à coups de sabre et fusillés lorsque les gabarres ne coulaient pas assez vite à fond, et préalablement dépouillés [de leur argent], [mis à] nus, par leurs bourreaux. On dépose d’une noyade de quatre cents (400), et d’une dernière de trois cents individus (300), également de tout âge et de tout sexe.

(1) Nous avons vérifié depuis, sur des renseignements certains, qu’il y en eut bien davantage. Les dispositions testimoniales les portent jusqu’à vingt [noyades].
(2) Rapport de 21 page 25.
[multiplié par 20 bateaux on arrive à un chiffre d’environ 10.000 Bretons, Chouans, prêtres, hommes, femmes et enfants noyés par le système dit des mariages républicains, et vu un manuscrit donnant 13.000 noyés]

6 Frimaire – Carrier sanctionne l’arrêté des suspects du 24 Brumaire, et le Comité révolutionnaire nomme pour commissaires Bologniel et Naux, de la direction du transport à Paris, de ceux qu’il a cru devoir marquer du titre de suspicion. Ce furent les 132 Nantais si connus ensuite, qui donnèrent lieu au fameux procès, à l’occasion duquel nous écrivons cet ouvrage.
7 Frimaire – Carrier modifie l’arrêté du 7 Brumaire, relatif aux pouvoirs de la compagnie Marat ; il subordonne désormais ses opérations au Comité de surveillance (2)
(1) Rapport des 21, page 55.
(2) Rapport des 21, page 31
14 Frimaire Loi d’organisation du Gouvernement révolutionnaire. Elle est faite pour entrer aussi dans l’Histoire de la Vendée. Elle achevait de légitimer les formes acerbes, et atroces. Sous ce rapport, nous devons en voir l’influence dans les mesures ultérieures de destruction de la Vendée.
15 Frimaire – Le Tribunal, mandé par Carrier ; il est dit, en sa présence, par le président du département, que c’est pour renouveler la motion faite la veille, de faire périr les prisonniers en masse (1)
(1) Rapport des 21 page 70.
16 Frimaire – Philippeaux écrit sa grande lettre au Comité de Salut public, où il prouve à ce comité qu’il a laissé victimer 20 mille soldats de plus depuis ses premiers avis, faute de les avoir voulu suivre.
Même jour, Ordre de Carrier conçu en ces termes : « Carrier représentant du peuple près l’armée de l’Ouest, invite et requiert le nombre de citoyens que Guillaume Lamberty voudra choisir, à obéir à tous les ordres qu’il leur donnera pour une expéition que nous lui avons confiée ; requiert le commandant des postes de Nantes de laisser passer, soit de nuit, soit de jour, ledit Lamberty et les citoyens qu’il conduira avec lui ; défend à qui que ce soit de porter la moindre entrave aux opérations que pourront nécessiter leurs expéditions [de noyades] ». Lamberti déclara, dans les débats du procès devant la commission qui le condamna à la peine de mort, que c’était en vertu de cet ordre qu’il avait noyé les prêtres condamnés à la déportation, et plusieurs hommes, femmes et enfants, en différentes fois (1).
20 Frimaire – Pendant qu’on assassinait ainsi révolutionnairement à Nantes, on assassinait militairement, au gré des loix tant citées, dans d’autres points non éloignés. « La nuit du 20 au 21 frimaire, dit Westermann, je fis égorger les avant-postes de l’ennemi devant La Flèche. De cette ville au Mans et jusqu’à Fulturte, ou je poursuivis les brigands, la route était semée de cadavres ; la même nuit j’en fis encore égorger plus de six cents qui avaient couché dans les villages et fermes dispersées ».(2)
23 Frimaire – Le même Westermann parle d’un autre égorgement énorme qu’il fit sur la route de Laval où, dit-il, des centaines et des milliers de brigands trouvèrent la mort.
(1) Rapport des 21, pages 7 et 8.
(2) Campagnes de Westermann, pages 26 et 27
25 Frimaire – La famine est aussi un mode d’assassinat ; Carrier l’organise [sur toute la Vendée militaire]. C’est l’objet de sa lettre suivante, écrite au général Haxo, et qui ne doit pas tenir une petite place dans l’Histoire de la férocité inouie et des exécrations nationicides : « J’apprens à l’instant, mon brave Général, que des commissaires du département de la Vendée, veulent partager avec ceux du département de la Loire Inférieure [Loire Atlantique] les subsistances ou fourrages qui se trouveront dans Bouin ou dans Noirmoutier. Il est bien étonnant que la Vendée ose réclamer des subsistances, après avoir déchiré la patrie par la guerre la plus sanglante, la plus cruelle. Il entre dans mes projets, et ce sont les ordres de la Convention nationale, d’enlever toutes les subsistances, les denrées, les fourrages, tout en un mot, de ce maudit pays, de livrer aux flammes tous les bâtimens, car je vais incessamment t’en faire passer l’ordre. Et ils voudraient encore affamer les patriotes, après les avoir fait périr par milliers ! Oppose-toi de toutes tes forces à ce que la Vendée prenne ou garde un seul grain. Fais-les délivrer aux commissaires du département séant à Nantes ; je t’en donne l’ordre le plus précis, le plus impératif : tu m’en garantis, dès ce moment, l’exécution ; en un mot, ne laisse rien dans ce pays de proscription. Que les subsistances, denrées, fourages, tout, absolument tout, se transporte à Nantes. » (1)
24 Frimaire – C’est sur des monceaux de cadavres, qu’encore Westermann arrive le soir à Laval ; il suit l’ennemi à Craon, de-là à St Marc. Chaque pas, chaque ferme, chaque maison devient le tombeau d’un grand nombre de brigands (2).
(1) Rapport des 21, page 66.
(2) Campagne de Westermann, page 32.
Il est affreusement curieux de rapprocher à la même date du 24 Frimaire, la lettre suivante de Lequinio à la Convention : « Je viens de donner des ordres que les modérés pourront trouver barbares. Quatre à cinq cents brigands encombrent les prisons de Fontenay-le-Peuple. Je viens d’être informé par un courrier extraodinaire, qu’une portion de l’armée de Charette, forte, dit-on, de 10 à 12 mille hommes, s’avançait dans le canton, et menaçait Fontenay ; j’ai ordonné de faire fusiller sans forme de procès, ces prisonniers à la première apparition de l’ennemi. Voici mes motifs. Le décadi dernier, pendant que j’étais dans le sein de la société populaire de Fontenay, les prisonniers s’insurgèrent et faillirent étrangler les habitans de la géole. La municipalité m’avertit du danger ; je descendis le premier dans la prison ; je brûlai la cervelle du plus audacieux ; deux autres payèrent de leur vie l’alarme qu’ils venaient de causer. L’ordre se rétablit. Je fermai sur-le-champ, pour juger ces scélérats, une commission militaire beaucoup plus expéditive que le tribunal criminel, embarrassé, malgré lui, de mille formes. Mais j’ai cru qu’en cas d’attaque extérieure, il fallait, dès le premier instant, détruire sans ménagement ce foyer d’insurrection que le voisinage de l’armée rendait extrèmement dangereux, sur-tout dans cette cité ou le fanatisme [chrétien] et l’aristocratie sont loin d’être anéantis. Je dois au reste vous dire que, sans des mesures pareilles, jamais vous ne finirez la guerre de la Vendée. C’est le modérantisme des administrations et des généraux qui l’entretient. J’ai écrit partout qu’il ne fallait plus faire de prisonniers,et , s’il m’est permis de le dire, je voudrais qu’on adoptât la même mesure dans toutes les armées. Je crois qu’un pareil décret serait le salut de la France. Quant à la Vendée [militaire], cela est indispensable : c’est à vous à juger si j’ai tort » (1).
Voilà qui annonce bien l’auteur des préjugés détruits ; certes, il faut les avoir tous vaincus pour faire, pour penser et pour écrire de cette force (2).
(1) Guerre de la Vendée, par Lequinio, page 225
(2) Voyez dans le oniteur, N°…., une autre lettre à la Convention, par laquelle ce sage s’empresse d’annoncer au Sénat qu’il a triomphé d’un préjugé de plus, en instituant solemnellement une charge de bourreau, et en faisant manger le promu à la même table que la Représentation.
Il est vrai qu’avec quelques efforts d’imagination, ce législateur trouve des arguments irrésistibles, et il prouve net et clair que c’est de la philantropie que cela ; il le prouve et dans son ouvrage à la main, « Guerre de la Vendée« , et dans son ouvrage placardé, Lequinio à ses concitoyens. Il démontre, incontestablement, qu’il n’y a point du tout de contradiction entre sa théorie d’un catéchisme moral qui auroit suffi pour convertir à la liberté, sans effusion de sang, toute la population Vendéenne, et son Système-pratique de tuer, faire tuer et conseiller de tuer 400.000 hommes s’il le faut. (1)
L’autodafé de cinq cents qu’il ordonna fut même un acte d’humanité (2). Cet ordre était d’autant plus humain qu’il était plus sévère (3) Tous ces malheureux étaient censés coupables de l’insurrection très-manifeste des prisons ; tous étaient censés avoir mérité la mort (4). Ce serait une chose bien étrange qu’on voulût trouver dans cette conduite une contradiction avec les principes du destructeur des préjugés (5), qui avoue cependant d’en avoir fait amende honorable aux Jacobins le 26 Floréal (6) ; parce qu’alors, à cause de quelques lardons contre l’Être-suprême, il y avait risque d’être guillotiné : de même qu’à cause des mêmes risques, dans ces tems de modérantisme, il fait la même amende aux anti-terroristes dominants, pour ses révolutionnades de Fontenay et autres, quoiqu’au reste,(7-1) étant entré en lui-même et ayant sondé sa conscience, elle l’acquitte pleinement.
(1) Lequinio, Guerre de la Vendée, pages 232 – (2) p239 – (3) p245
(4) idem p244 – (5) p246 – (6) p247
(7) Lequinio, id. page 250.
25 Frimaire – Carrier, se prétendant calomnié par la société populaire de Vincent-la-Montagne, séante à Nantes, la dissout. Ce jour est marqué par un autre exploit, c’est une noyade de 120 individus (2). Une autre version (3) la donne de 200, et ajoute que, comme les victimes voulurent se sauver,  «on leur coupa les bras à coups de sabres. »
27 Frimaire – Westerman, au village des Touches, «  réveille », dit-il les brigands à coups de sabres. Le massacre fut énorme, et dura quatre heures (4). C’est de ce même jour que date la première liste de 24 soit-disant brigands, dont deux de 13 ans, que Carrier ordonne d’exécuter sans jugement (5).
(2) Rapport des 21, page 98 – (3) id. page 95
(4) Campagne de Westermann, p.34
(5) Rapport des 21, page 46.

28 Frimaire – Deuxième liste de 27 soit-disant brigands, dans laquelle furent comprises les quatres sœurs Métairie, que Carrier ordonne d’exécuter sans jugement (1)
29 Frimaire – Nouvelle massacrade de Westermann à Norte (2). Il en fait une autre de suite, à Blains, où tout ce qui se trouva, assure t’il bien, fut mis à mort, à l’exception de 300 individus, qu’il envoya à Nantes (3). Ceux-là, sans doute, ne furent que noyés.
C’est ce jour là que, sur la foi d’une proclamation portant amnistie, 80 et quelques cavaliers rebelles se rendirent à Nantes, exprimèrent leurs regrets d’avoir servit contre la république, et déclarèrent venir, au nom de toute l’armée, proposer de se rendre et de livrer pieds et mains liées les chefs qui les avoient trompés, que trois d’entre-eux seulement se détacheraient pour aller porter l’acceptation et que les autres resteraient en ôtages. Carrier les fit conduire à l’entrepôt ; et le lendemain ils furent fusillés (4).
(1) Rapport des 21, page 48.
(2) Campagne de Westermann, pag 35. – (3) id. p36
(4) Rapport des 21, pages 72 et 73.
30 Frimaire – Autre lettre de Carrier à la Convention. « La défaite des brigands est si complete, que nos postes les tuent, prennent et amènent à Nantes par centaines ; la guillotine ne peut suffire : J’ai pris le parti de les faire fusiller. Ils se rendent ici, [à Nantes] et à Angers par centaines : j’assure à ceux-ci le même sort qu’aux autres [la fusillade, puis les Tanneries ?]. J’invite mon collègue Francastel à ne pas s’écarter de cette salutaire et expéditive méthode. C’est par principes d’humanité que je purge la terre de la liberté de ces monstres »
Mention honorable. Et pourquoi pas ? Rapportez-vous toujours à la législation de sang, de fer et de feu que nous avons retracée, et vous ne trouverez les lettres de Carrier que conséquentes [aux ordres de la Convention]. Ses principes d’humanité ne sont que ceux de beaucoup de ses co-législateurs. Consultez Lequinio dans son propre ouvrage de la Vendée, il vous répétera presque littéralement la même phrase de Carrier ; C’est par humanité que l’auteur des Préjugés détruits, a tué, de sa propre main, des hommes sans défense dans les prisons de Fontenay, et ordonné de fusiller 500 de ces malheureux, sans forme de procès, sans jugement [au nom de la république, des droits de l’homme].
Robespierre avoit établi ces maximes, « rigueur c’est humanité, sévérité c’est justice ». Ces dogmes étaient généralement admis, au moins dans toutes les têtes sénatoriales. Puisqu’aucune d’elles ne les repoussait, et que les monuments écrits attestent qu’un grand nombre y rendit de solemnels hommages [ils en étaient que plus complices]. Le philosophe rit un peu aujourd’hui de voir quels soins on prend pour paraître n’avoir jamais été de cette religion [génocidaire]. Et avec quelle confiance on a l’air de croire que personne n’est dans le cas d’en vérifier les actes, tandis que pourtant les matériaux historiques ne sont point encore brûlés, et qu’on y trouve à assigner à chacun selon ses œuvres [de massacres].
3 Nivose – On dissout la seconde Commission nommée, sur les dénonciations de Philippeaux, pour examiner la conduite de la Cour de Saumur : il n’était pas besoin de s’exposer à ce qu’on devinât le Système de dépeuplement exercé à l’égard de nos bataillons républicains. Le retour de la médaille était opéré, le dépeuplement allait son train sur les habitans de la Vendée, et c’était tout ce qu’il fallait que les suprêmes régulateurs pussent présenter, et à ce qu’ils appelaient le frétin législatif, et à la multitude confiante, qu’on avait l’un et l’autre persuadé que le souverain bien de la France gisait exclusivement dans cette massacrerie.
A la même date du 3 [Nivôse], Westermann rend compte encore d’une boucherie horrible faite à Savenay. Partout, ajoute-t’il, on ne voyait que des monceaux de morts : dans la banlieue de Savenay seule, plus de six mille [6.000 personnes] ont été enterrés (2). Le Batteux, chef d’une armée révolutionnaire, exerçait en même tems, investi des pouvoirs les plus illimités de Carrier, les ravages les plus cruels ; Tréhouard, député, en mission à Rhedon, instruit de la conduite de Lebatteux, le fait arrêter ; mais Carrier, ordre du 4 Nivôse, lui fait rendre la liberté, et il enjoint aux autorités constituées et aux troupes d’obéir aux ordres de Tréhouard, qu’il accuse de s’être montré le partisan de tous les contre-révoluionnaires (2)
Le 7 du même mois de Nivôse marque l’époque d’une noyade de 400 à 500, parmi lesquels se distinguaient beaucoup d’enfans de 14 à 15 ans, attachés sur le sein de leurs pères (3).
(1) Campagne de Westermann, page 41.
(2) Rapport des 21, page 57.
(3) Idem page 107.
Le 15 [Nivôse], incendie en 4 endroits, par le chef de brigade Dufour, à la sortie de son armée de Montaigu, pillage et dévastation du bourg des Herbiers, et chez les meilleurs républicains (1)
Le 18[Nivôse] , date fatale du projet d’accusation présenté par Philippeaux …. incarcération momentanée de Ronsin et de Vincent… [p145)
Le 29 [Nivôse] noyades et sabrades de 300 hommes, femmes enceintes et autres (2)
(1) Guerre de la Vendée, par Lequinio.
(2) rapport des 21 page 94.
Du 7 au 12 Pluviôse – Le général Amey occupa son armée à dépouiller les maisons, même [celles] des patriotes, dans les campagnes des herbiers, du petit bourg des Herbiers et Ardelais (1). Le 12, sur la colonne que dirige le général Grignon, dans une distance de près de trois lieues, depuis la Ploutière jusqu’aux Herbiers, tous les villages, toutes les métairies sont incendiées, rien n’est éparné, les hommes, les femmes, les enfants [et] même [ceux] à la mamelle [de leur mère], les femmes enceintes, tout périt ; envain de malheureux patriotes, leurs certificats de civisme à la main, demandèrent la vie à ces forcenés, [et poutant] on les égorge, (2) et quand de malheureux cultivateurs, connus par leur civisme, ont eu le malheur d’être trouvés à délier leurs bœufs, il n’en a pas fallu davantage pour les fusiller (3).
La colonne [infernale républicaine] de Grignon, assassine à Laroche, quantité d’individus, tant hommes qu’enfants, dont une grande partie était connue-patriote et travaillant au service de l’armée (4).
(1) Lequinio, Guer. De Vendée pag.107.
(2) id. p108 – (3) id. p 108 – (4) id. p109.
Grignon arrive avec sa colonne dans les Herbiers, il déclare à la municipalité, que les habitans étaient heureux que son collègue Amey y fût, que sans cela, tous sans distinction de patriotes ou autres, eussent été fusillés, parce que les ordres du général en chef portaient de massacrer, fusiller, et incendier tout ce qui se trouvait sur son passage, qu’il avait même fait fusiller des municipalités entières revêtues de leurs écharpes (1).
(1) Lequinio, guer. De Vendée p109 et 110.
Ce fut dans les mêmes jours …. rapport mensonger et assassin de Choudieu. [p147]
Mais revenons de suite à la Vendée, nous y verront que les malheureux habitans n’étaient pas plus heureux de tomber sous les cohortes de Charette, que sous celles de la République ; ils trouvaient d’un côté et de l’autre [chouans]« brigands » et assassins [républicains]. Nous trouvons que le 28 [Pluviôse], l’armée de Charrette passe à St Fulgent, et qu’elle y égorge 600 républicains, parmi lesquels se trouvent quatorze malheureux enfants de l’âge de 5 a 6 ans, entassés les uns sur les autres (1). (1) Lequinio guer. De Vendée p99.
Ce trait forme un parfait paralèle avec la conduite du général français Grignon : « Mes camarades, (dit-il à ses soldats, dans une harangue conservée) nous entrons dans le pays insurgé ; je vous donne l’ordre exprès de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible d’être brûlé, et de passer au fil de la bayonnette tout ce que vous rencontrerez d’habitans sur votre passage. Je sais qu’il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays ; c’est égal, nous devons tout sacrifier (2) ». (2) Lequinio p66
Un rapport de Faurès,vice-président de la Commission militaire de Fontenay-le Peuple, achève d’éclairer l’affreuse conduite des hordes cannibales qui déshonorèrent l’étendard tricolor sous lequel elles marchaient. « Lorsque, dit-il, les porte-feuilles étaient bien pleins, on n’avait plus le désir de se battre, dans la crainte de les perdre, et les soldats demandaient des billets d’hopitaux [pour se porter malade ou blessés]. Les généraux ont fait pis encore ; ils mettaient en réquisition les charettes des communes, enlevaient tout ce qu’il y avait de meilleur dans les maisons des patriotes, le faisaient traîner à leur suite, et permettaient à ces malheureux d’emporter le reste pour avoir le plaisir barbare d’incendier leurs maisons. Après cet embrâsement, ils n’étaient pas plutôt rendus au milieu de la colonne, que les volontaires, suivant l’exemple des généraux, prenaient le reste, tuaient les hommes, violaient les femmes et les filles, et les poignardaient ensuite. Ils ont fait plus, ils ont immolé une municipalité entière, revêtue de l’écharpe tricolore. Dans un petit village habité par environ 50 bons patriotes, qui avaient toujours résisté à l’oppression brigandine, on apprend que des frêres d’armes viennent porter des secours aux patriotes, et les venger de tous les maux qu’ils avaient soufferts ; on leur prépare un banquet civique et fraternel. La colonne arive, leur donne l’accolade, mange les vivres de ces malheureux, et aussitôt le repas [terminé], ô barbarie inouie ! Ils les emmènent dans un cimetière, et là, on les poignarde les uns après les autres » (1) ! ….
(1) Lequinio Guerre de Vendée, p.136 et 137.
17 Ventôse – La colonne de Cordelier vient camper à Clisson, et là, ce général fit égorger des femmes et enfants de bons républicains, qui étaient réfugiés à Nantes.
Le 18, il fit fusiller, en passant au bourg de Vallet, plusieurs citoyens et citoyennes qui cependant lui avaient présneté des certificats de civisme.
Le 19, au Loroux, la même colonne égorgea des femmes enceintes et des enfants de tous âges (2)
Le 28, Grignon, à La Milleraye [Meilleraie?], força les habitans de se rendre à l’Église, au nombre d’environ 40 [personnes], presque tous munis de certificats de civisme ; on les fit sortir les uns après les autres, et on les fusilla dans le cimetière, à la réserve de quelques uns d’eux que des soldats moins barbares firent évaader à l’insu des chefs (2).
Le 26, aux landes de St Laurent des Autels, Cordelier fit fusiller au moins deux cents femmes, enfants, vieillards qui avaient de bons certificats de civisme (3)
(1) Rapport des 21, page 81 – (3) id. p82
(2) Lequinio, Guer. De Vendée p.93
Le 4 Germinal – Ordre du général en chef Turreau, portant injonction au général divisionnaire Huché, de faire enlever toutes les subsistances et fourrages dans une grande circonscription, qu’il lui démarque dans les environs de Luçon, depuis Sainte-Hermine jusqu’au port La Claye ; ce qui forme un cercle de 40 communes (1) ; et aussitôt les enlèvements faits, de faire incendier sans exception, tous les bourgs, villages hameaux, fours et moulins et d’exterminer sur-le-champ tous les habitans qui seront reconnus avoir pris part, directement ou indirectement, à la révolte de leur pays (2). …. [p151]
(1) Lequinio, guer. De Vend. P 148.
(2) id. p 146.
…. ceux dont l’énergie bienveillante pouvait achever de jeter la lumière sur ces fatales illusions [furent arrêtés]. Philippeaux fut mis en arrestation le 11, et peu de jours suffirent pour faire décider son assassinat juridique…. Le 15, le Comité révoutionnaire de Fontenay écrit à celui de Rochefort «  qu’un voile sombre s’est répandu sur …la Vendée .. que les [villages] ne sont plus que des monceaux de cendres ; que les ordres barbares du scélérat Huché … sont des attentats les plus formels à la chose publique ; qu’envoyé, dit-il par le général Turreau pour incendier, massacrer tel pays dont il ne connut jamais ni les principes des habitans, ni la position territoriale, cet homme, plus que suspect, tournait les armes de son pays contre son pays même ; ….(1)
Au 30 de ce même mois, se place une autre révélation qui concorde avec les mêmes fureurs : elle atteste que le général De Lage avait des ordres écrits pour faire la même chose sur la droite de la Loire, que ce qu’il avait fait sur la rive gauche ; c’est à dire, « de brûler tout, et qu’il a déclaré que la guere de la Vendée devait durer autant que durerait la guerre de l’extérieur. »
(1) Lequinio, Guer. De Vend. P84.
[p156/157][Au mois de] Floréal. – Nantes, longtemps offerte aux regards comme ville refuge des patriotes de la Vendée, fut bientôt peinte comme un centre d’abominations, dignes du sort de Sodome et de Gomorrhe. Cette conclusion était une conséquence du Système de destruction. Tout ce qui pouvait l’étendre comblait les vœux des régulateurs. On doit donc voir, sans s’étonner, Carrier tenir cet épouvantable langage aux commissaires de Nantes, venus à Paris pour réclamer des subsistances [contre la famine qui sévissait]. [Carrier dit] : « Demander pour Nantes ! Je solliciterai qu’on porte le fer et la flamme dans cette ville abominable ; vous êtes tous des coquins, des contre-révolutionnaires, des brigands, et des scélérats. Je ferai nommer une Commission par la Convention nationale ; j’irai mois même à la tête de cette Commission. Je ferai sortir le peu de patriotes qu’il y a dans Nantes ; que dis-je, le peu de patriotes ? Il n’y en avait qu’un et vous l’avez fait guillotiner. Scélérats ! Je ferai rouler [toutes] les têtes dans Nantes, je régénérerai Nantes » (1). – (1) Rapport des 21, page 109.
[Le mois de] Thermidor. – Le système-pratique d’égorgement paraît s’être prolongé longtems, même jusqu’après la chute du premier triumvirat. Nous trouvons ici une grande lacune [de meutres , noyades fusillades et massacres] que nous pourions sans doute remplir, s’il nous avait été permis de fouiller dans les cartons de l’ancien Comité de Salut public. A défaut de cet avantage, l’histoire des horreurs Vendéennes rencontre, en cet endroit, une partie de voile, que sans doute le temps [peut-être] déchirera, et nous sommes obligés de laisser – un blanc …………………………. [?]- de l’espace entre la dernière époque du [- 2 ?-] Floréal et celle du 15 Thermidor, à laquelle se fixe à-peu-près encore cette atrocité-ci : « Bel-ordre [?], adjoint du général De Lage, passa trois fois la Loire, sous prétexte de détruire les brigands et de leur prendre des comestibles. Dans l’un de ses passages, il a ramené de la côte insurgée, vingt-trois femmes, filles ou enfants, desquelles il a fait fusiller près Mauves, …. le nombre de 16 ou 17, toutes de l’âge de 10, 12, 14 et 17 ans. Une vieille femme fut remise par Belordre à ses soldats, qui la coupèrent par morceaux et la traînèrent à l’eau …. » (1).
(1) Rapport des 21, pages 107 et 108.

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Telle est la chronologie des principaux faits [de Nantes, seulement (1)] qu’a produit l’ensemble de tous les matériaux que nous avons pu rapprocher. On s’apercevra :  — que nous n’avons recueilli que les plus essentiels et les plus affirmés  —  !!!!

(1) [à savoir qu’il y a eu aussi d’autres noyades en Bretagne, à Saint Brieuc notamment que nous verrons prochainement]